CÜNEYT AYRAL

http://www.gazeteyenigun.com.tr/koseyazilari/21183/hayatla-nasil-dalga-gecilir!

TUFAN AKSOY

(1947 – 2012)

Cüneyt Ayral, patron populaire d’antan dans l’industrie de sous-vêtements à Istanbul, a vendu, parait-il, des soutiens-gorge à la criée, sur les marchés de Marseille, en interpellant les clients aux cris de : « bonnets pour les jumeaux ! », après son départ en France, ne pouvant plus faire face à ses créanciers. Difficile de trouver un autre être au monde, sachant si bien taquiner la vie, jongler avec.  Regardez bien les exploits de cet être exceptionnel, égal à lui-même, qu’est Cüneyt Ayral, poète, écrivain, journaliste…

Un être hors du commun, égal à lui-même….

Est-il venu de l’espace, débarquant d’un pays inconnu jusqu’à ce jour, ou de la planète Krypton ?  Personne n’est à même de trouver une réponse à ces questions, car il s’agit de quelqu’un de tellement différent des autres, qu’il a raillé la vie durant son existence jusqu’à ce jour, malgré ses déboires, ses échecs, ses faillites qui n’ont pas enlevé son sourire aux lèvres. Personne ne l’a vu bouder, renfrogné, en dépit d’aventures malheureuses et de tant de peines endurées…Il s’appelle Cüneyt Ayral…et continue d’étonner ceux qui le connaissent, avec sa formidable résistance à affronter la vie.

Il n’a eu peur de rien ni de personne, à une exception près…  Sa peur de la mort l’a conduit à être poète et écrivain, et à publier des livres. Ayant atteint son objectif, il dit à présent, qu’il vivra dans ses livres et ses poèmes, après sa disparition physique. Il croit survivre dans la postérité avec ses œuvres.

 

Un être exceptionnel….

Vous pouviez faire connaissance de Cüneyt Ayral,  grand homme d’affaire à Istanbul. Il était à l’origine du terme turc « iç giyim » (sous-vêtements) désignant la lingerie féminine en Turquie, de même qu’il représentait dans le pays les marques de sous-vêtements tant prisées de femmes, Warner et Gabriel Venato. Comme il le dit si bien, il a fait banqueroute dans le commerce, car nous les turcs,  n’avons pas tellement l’habitude du « concept d’association ». Il organisait chaque année, des défilés de mode de sous-vêtements féminins dans les locaux les plus prestigieux d’Istanbul, et bouleversait la haute-société avec la lingerie présentée par les mannequins qu’il faisait venir de l’étranger… Ses activités figuraient à la une des journaux à grand tirages…  Il était au sommet…

Ceux qui ont pu croiser Cüneyt Ayral à Marseille ou sur un marché de province dans les environs, en train de vendre des soutiens-gorge, en criant à la turque, « Bonnets pour les jumeaux » ne pouvaient dont s’étonner. Il s’agissait bien de Cüneyt…Il sait gagner son pain, quoi qu’il arrive, même s’il faut déplacer des montagnes. Il vend des soutiens, slips, porte-jarretelles, mais une fois rentré au foyer le soir, il allume une cigarette qui ne l’a pas abandonné  durant 47 ans, c’est-à-dire depuis  l’âge de  ses 10 ans. Il est à présent dans son monde à lui.

Un homme à part….

J’ai réalisé, au moment où il m’a offert deux de ses derniers livres, quelles fictions animaient son esprit créatif, après avoir bu doucement de lentes gorgées de son verre rempli d’un doigt de « raki » (dilué et fort léger à mon goût) qu’il qualifiait lui-même de « raki pour fille ».

« Gümüs Gölge » (Ombre d’argent) relate la vie d’un travesti. Le jeune Deniz, abandonné par son père, avait fui l’autorité de son oncle qui apportait des restrictions à sa vie, en se retrouvant à Paris où il faisait la connaissance de  Cüneyt Ayral. Ses aventures contées au cours de ces nuits passées avec beaucoup de cigarettes, et un petit brin de raki, prenaient corps sous forme de livre, par un coup de  plume de Cüneyt.

L’autre livre, intitulé « Mimiti » est dans le genre science-fiction, avec pour thème, l’amour interplanétaire. Cela peut amuser  les lecteurs férus de ces  « éléments conceptuels », mais je n’ai toujours pas réussi, en ce qui me concerne, à m’habituer à la science-fiction, dans laquelle Cüneyt Ayral a fait un plongeon rapide  après sa rencontre au Sri Lanka, avec l’un des maitres du genre, Sir Arthur C. Clarke, titulaire du titre de Chevalier de son état, la Grande Bretagne, et qui lui a enseigné les subtilités du genre. Clarke a en effet travaillé avec Stanley Kubrick pour la réalisation de « 2001, l’odyssée de l’espace ». Soulignons ici, que le hasard d’une rencontre a bien fait les choses, dans la vie de Cüneyt qui aime taquiner la vie….

Oui, il est hors du commun…..

Nous avons parlé de Sri Lanka… Cüneyt a trimbalé son esprit entrepreneur jusqu’à cette ile pleine de mystères, située au Sud-Ouest de l’Inde,  pour y fonder une grande usine de lingerie, et se hisser à la première place en la matière, à l’instar de ses réalisations en Turquie. L’aspiration aux sommets étant dans son moule et ses gènes. Au moment de sa faillite en Turquie, le directeur « plénipotentiaire » du quotidien Hürriyet, Nezih Demirkent, est arrivé à son secours, en l’aidant à émigrer en France, après avoir purgé les dettes contractées à tort et à travers au titre d’associé. Ces dernières années, l’homme d’affaire de Denizli, Ahmet Gökşin, a mis fin aux ennuis de Cüneyt, en négociant avec les banques et lui permettant ainsi d’abroger les contrats abusifs, et de rentrer en Turquie, continuer à se moquer de la vie.

Cüneyt Ayral, spécialiste en sous-vêtements pour femme, ne pouvait certes pas s’éloigner de l’écriture, pour autant qu’il œuvrait pour la lingerie de ces dames, et publiait aussi un mensuel sous le titre de « Kostantıniyye Haberleri » (Nouvelles de Constantinople). Je le savais bien, étant moi-même dans le comité de rédaction de la publication. Nous nous réunissions la nuit durant pour éditer le journal au petit matin. Cüneyt Ayral disposait d’archives personnelles fabuleuses, nous servant de base pour publier des documents, photographies et articles de fond sur Istanbul. Plus tard, sur dénonciation d’on ne sait qui, le titre de « Kostantıniyye » (Constantinople) a été trouvé inconvenant, et interdit par décision de justice. Nous étions abasourdis, en nous demandant ce qui arrivait au pays. Nous avons poursuivi la tâche en changeant le titre en « Notre cité ».  La décision du tribunal était d’autant plus surprenante que l’inscription « Darb-ı Kostantıniyye » (frappée à Constantinople) figurait sur les pièces de monnaie de l’époque de Mehmet le Conquérant. Quelqu’un a sûrement voulu faire un croc en jambes à Cüneyt….Mais lui, avec son sourire qui ne disparait jamais de son visage, continue de se moquer de la vie… Il est en forme.

Un être égal à lui-même

Sa fille Roxane et son fils Sinan vivent en France.  Roxane, 26 ans, exerce le métier de curateur. Elle organise des expositions. Les artistes exposants ne savent pas toujours comment accrocher leurs tableaux et photos, où placer leurs sculptures. Cela les angoisse. Cela devient le travail du curateur. Toutes les expositions, à Istanbul, sont l’œuvre des curateurs.  Sinan, 20 ans, est la copie conforme de son père, et mène sa vie à sa guise à Paris, en faisant de la musique impro tout en rédigeant des scénarios. Il était l’assistant de son père au temps où Cüneyt vendait des sous-vêtements à la criée, sur les marchés.

Cüneyt Ayral, patron populaire d’autrefois, et auteur de 17 livres, travaille actuellement sur un livre de cuisine où il relate ses expériences en matière culinaire. Des photos fantastiques, et des recettes de 10 cordons bleus notoires en feront parie. J’attends impatiemment, le jour où j’aurai accès en lecture, à ses expériences culinaires. Lors de son passage à Izmir, il a souhaité déjeuner dans un petit restaurant. Nous nous sommes attablés au restaurant « Aci Biber » (Poivron piquant) dans une rue adjacente à l’Hôtel Hilton. Il a commandé des poivrons farcis à l’huile d’olive. Que peut-on manger à Izmir, à midi ? Des mets à l’huile d’olive, cela va de soi. Il a adoré ces poivrons. On ne sait jamais. Il est capable de parler dans son livre, du « poivron piquant ».  C’est Cüneyt, après tout…

Un être exceptionnel…

Les discussions, les bavardages avec lui, l’amitié…c’est fabuleux. Un océan de connaissances, une culture sans faille, et des  blagues à la pelle.  Heureusement, nous sommes devenus « frères »  depuis tant d’années.

 

Traduction Salih Bozok

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